Une seule bande de réalité… Pourquoi est-ce si difficile de faire comprendre qu’un cheval puisse nous être bénéfique? Parce que nous vivons dans une société qui, non seulement, privilégie une seule bande de réalité mais aussi tente d’y faire entrer tout ce qui la compose. Je caricature donc ce que cette bande de réalité renvoie par rapport à l’animal. Un cheval? … “bin, c’est fait pour monter dessus ou pour être mangé ma bonne dame!”

Pour certains adultes plus ouverts à une autre vision du cheval, cela peut être un animal utile en hippothérapie pour les handicapés ou pour les enfants. Ils ont eux-mêmes soit un souvenir émus de leur début dans un poney club, soit ils ont peur des chevaux (avec ou sans souvenir de chutes du dit poney club) ou ils sont cavaliers. Dans les deux cas ils voient mal ce qu’un équidé pourrait leur apporter aujourd’hui… en ce compris les cavaliers d’ailleurs! 

J’aimerais ouvrir une autre bande de réalité en partageant avec vous le cheminement qui m’a offert cette chance unique de pouvoir témoigner de ce qu’est le travail avec les chevaux et ce que cela peut offrir à celles et ceux qui les approche.

Le lien à l’animal est le plus court chemin vers soi

Dix ans. Il m’a fallu traverser dix années de formations, de tâtonnements, recherches, découvertes,  questionnements, pour pouvoir affirmer aujourd’hui que le lien à l’animal (le cheval en particulier) est le plus court chemin vers soi. 

Après avoir passé une moitié de vie à essayer de rentrer dans le cadre sans jamais y arriver (d’ailleurs y arrive-t-on jamais?) mon divorce a été le début d’une rupture avec une certaine vision, une certaine réalité. Si cela a charrié énormément de douleur, cela m’a aussi mis sur la route des chevaux. En tant que cavalière du dimanche au début. Et ce dans le monde des chevaux en boîte… pardon des chevaux en box.

Agrippée à des montures souvent lasses de tourner pour la ènième fois de la journée dans une piste éclairée au néon, ou sur les chemins de forêt, je me faisais du bien. Je me suis attachée à plusieurs d’entre elles Les voyant parfois partir avec regret d’avoir été montées avec des dos creusés, des encolures à l’envers, des garrots ouvert à sang par des cavaliers trop lourds et de mauvaises selles, des pieds foutus, … Et moi là-dessus je me faisais plaisir en caracolant avec une bande de copains après nous être donné du coeur au ventre avec un petit verre d’alcool pour surmonter le léger trac qui survient avant de monter. Cependant quelque chose me dérangeait, mais quoi? 

Un cheval qui a de l’humour!

La réponse est venue de Lancelot. Un cheval remplaçant un autre. Il est arrivé dans le manège un jour de printemps tout joyeux, pétillant. Seuls les cavaliers confirmés pouvaient le monter parce qu’il était très vif. Le propriétaire du manège disait “il a de l’humour ce cheval”. Tout le monde aurait voulait le monter, c’était le meilleur cheval du manège. Il s’est donc mis à “tourner” un maximum. Et au bout de trois mois, il s’est éteint. Au point que le propriétaire me dit un jour “celui-là c’est pas sûr que je vais le garder, il ne vaut plus rien! Il a intérêt à se reprendre”. Du fait qu’il était moins vif, j’ai pu le monter. Il était bien confortable et puis très beau, et j’étais très fière d’avoir le privilège d’être sa cavalière, même s’il me faisait un peu peur.

Un soir je l’ai trouvé au fond d’un couloir attaché à une chaîne passée dans un anneau au bout de laquelle pendait une bûche. Viré de son box pour faire de la place à un cheval de propriétaire. Je me suis indignée. Réponse générale : “… mais enfin qu’est-ce qui te prend? Ce n’est qu’un cheval!” … 

J’ai brusquement compris ce qui me dérangeait. Pourquoi ce cheval qui était arrivé joyeux de découvrir une autre vie s’était-il éteint peu à peu et se trouvait là enchaîné comme un forçat? Pourquoi fallait-il qu’il soit “rentable”? C’était un “objet de loisir”, je venais là monter des “objets de loisirs”. Un objet qui avait indéniablement des émotions à côté desquelles nous passions tous parce que “un cheval ça se monte ou ça se mange!” 

Histoire de chevaux me direz-vous? Pas si sûr… ce matin, j’ai entendu cette histoire ahurissante qu’aux Etats-Unis une équipe de nettoyage a trouvé un employé mort sur son bureau. Il s’y trouvait depuis cinq jours! Je n’ai pas vérifié cette information mais elle ne me semble pas invraisemblable. 

Sans une vraie attention à l’autre, nous devenons tous des objets.

Il y a dix ans le “burn out” n’existait pas. Aujourd’hui chaque personne du manager à l’ouvrier aura fait au moins un “burn out” dans son parcours professionnel. Comment cela peut-il arriver? Parce que sans une vraie attention à l’autre, à ce qui se passe autour de nous, à l’impact de nos attitudes, au sens de la vie tout simplement nous devenons tous des objets

Nous ne pouvons nous ouvrir au malheur d’un cheval si nous traitons nos semblables ou nous-mêmes de la même façon. Pourquoi accorder à un cheval ce que nous nous refusons?

Etre malheureux? Un cheval? Cela voulait dire qu’il avait des émotions. Malheureux?! Et puis quoi encore! Il avait à boire, à manger, de la paille… 

Un burn out? Quelle idée! Et puis quoi encore! Il/elle a un travail, un salaire, un toit… 

Lancelot m’en a dit bien plus et l’acheter à contribuer à une découverte constante qui dure depuis plus de dix ans : cela s’appelle l’équi-coaching.