M’est venue cette réflexion par les temps de changements évidents que nous traversons : le leadership consensuel reste à apprendre!

Nous vivons aujourd’hui encore sur un modèle de leadership qui fait fausse route. Ce modèle repose sur LE décideur qui devrait tout savoir, qui dirige, oriente, dit, dicte, édite … cependant que le monde informatique, le monde de l’information et les réseaux sociaux ébranlent tout doucement ce type de fonctionnement.

A vivre parmi les chevaux je constate que leur structure hirérarchique pourrait apparaître comparable à la nôtre. Dans le troupeau c’est l’étalon qui décide. Et pourtant… en les observant attentivement et en accueillant les informations de l’observation, c’est bien autre chose qui se déroule. Chaque individu a une tâche et une fonction pour laquelle il ou elle excelle et il ou elle va asseoir son assertivité dans le cadre de ce qu’il ou elle sait bien faire. Les chevaux se séparent pour aller “pratiquer” l’activité en fonction de la nécessité du moment. Sans tomber dans une vision du monde des bisounours pour autant! S’il y a danger le chef ramènera chacun en sécurité et le troupeau obéira sans discuter.

« L’homme et le cheval  partagent  des structures sociales et des schémas de communication analogues : les hommes comme les chevaux vivent en groupes sociaux, ils se partagent des rôles différents à l’intérieur du groupe, ils communiquent aussi bien verbalement que par des expressions faciales et des mouvements du corps, ils éprouvent des sentiments d’affection pour ceux qui appartiennent au même troupeau » (Giusti e La Fata, 2004)

Comment le leader obtient-il son statut?

Chez l’humain cela sera suite à un concours, après avoir postulé ou suite à une promotion. En ciblant des compétences où le leadership semble aller de soi. Or la réalité est bien différente. Je vois arriver en équi-coaching des personnes qui manquent tout simplement de confiance en elle. Les compétences pour le poste elles les ont, l’envie de mener à bien la tâche, elles l’ont… et elles sont justes surprises de constater que le leadership s’acquiert autrement que par la volonté de bien faire et qu’en ayant obtenu une mention favorable à un concours ou être élu à un poste. 

Comment cela se passe-t-il chez les chevaux? Au bout de huit années j’ai vu un changement se faire dans la hiérarchie de mon troupeau. En termes humain je pourrais définir que le cheval qui avait le plus d’expériences a peu à peu laissé sa place au jeune mâle. Il l’a laissé faire en gardant toujours un oeil sur la sécurité du troupeau et quand le danger paraissait hors gestion des compétences du plus jeune, il reprenait son rôle et décidait de ce qui était bon pour tous. Aujourd’hui ce leader profite pleinement de l’une ou l’autre compagne et de longues heures méditatives. Son charisme reste évident mais c’est le plus jeune qui maintenant prend soin de l’équipe. Et ce nouveau leader a l’intelligence d’en référer à l’expertise de l’ancien quand son évaluation d’un phénomène le trouble. 

La plus jeune des juments a également eu un comportement étonnant dans son évolution hiérarchique. Plus petite et sans expérience, elle est très souvent resté à l’écart à observer les autres. D’une indépendance ahurissante, à chaque mouvement de panique elle restait sur place à évaluer si tout ce remue ménage valait bien la peine. Ce flegme lui a valu l’admiration des autres juments et elle s’est vue attribuer le titre hiérarchique le plus élevé. Elle se déplace maintenant telle une reine. Les autres viennent la saluer avec respect et elle accepte ces signes de reconnaissance sans bouger d’une oreille. Cette petite jument a acquis un charisme étonnant. Elle a pris une place qui était a créer et l’assume étonnement bien. Vous dire qu’elle est la favorite du nouveau leader n’étonnera personne j’imagine… il y a donc deux leaders qui vont dans le sens des directives et de la sécurité. A l’intérieur même du troupeau il y a la “blonde” qui va initier les moments “fun” et que tout le monde suit joyeusement avant de passer à d’autres activités.

Ce témoignage sur des histoires de troupeau pour initier une réflexion sur le partage d’informations, et le partage de rôles. Dans les séminaires de leadership c’est intéressant de remarquer que les participants remarquent très vite les deux leaders du groupe … et regrettent vite de les avoir choisi pour les activités proposées. Pourquoi? Nul poudre aux yeux, il s’agit d’un véritable exercice de leadership où asseoir son assertivité est un vrai challenge. Cela révèle des réflexions intéressantes comme celle de cette dirigeante d’une cinquantaine d’années exerçant un poste de haut niveau dans une institution européenne. Elle a à gérer une centaine de personnes de cultures et de nationalités différentes et lors d’un stage de leadership en présence des chevaux nous a avoué soudain comprendre que : “j’ai du mal à montrer mon assertivité sans basculer dans l’agressivité“… belle prise de conscience qui l’aidera à modifier sa communication en ayant senti à quel point l’agressivité est peu productrice en termes de coopération.