Isadora vient me voir pour, dit-elle, un “petit” problème survenu dans sa réorientation de carrière : suite à un accident elle est momentanément handicapée d’un membre. Elle adore les chevaux et veut se faire accompagner par eux pour atteindre l’objectif qu’elle s’est fixée pour son nouveau projet. Cet incident est un contretemps fâcheux dans son programme d’organisation.

Elle est charmante, s’exprime bien, sourit beaucoup.

Manager depuis dix ans dans la même entreprise, un brusque déménagement des installations vers un pays étranger a entraîné une réorganisation drastique. Sa hiérarchie lui demande de travailler loin de chez elle dans une autre ville, elle accepte malgré la difficulté que cela représente par rapport aux trajets scolaires des enfants.

Elle est épuisée au bout de quelques mois. Elle en parle au RH, qui lui propose de garder deux jours de travail sur le lieu actuel, deux autres jours dans une ville plus proche et un jour chez elle en télétravail. Elle est enchantée de cette solution dans l’absolu. Au réel, c’est moins facile qu’il n’y paraît. Elle s’adapte quand même.

Au bout de quelques mois à nouveau, il lui est demandé de partager l’ordinateur qui lui permettait de travailler chez elle et de reprendre une journée de plus loin de chez elle. Elle accepte avec amertume.

Les vacances approchent, les valises sont bouclées et une fois sur place, malgré la plage, elle pleure. Pendant quinze jours. Diagnostic médical : burn-out!

Les basses estimes de soi sont des machines de rêves pour l’entreprise !

Dans l’entretien nous identifions assez rapidement qu’elle organise la vie de famille, les travaux de la maison, le bien-être de son mari et la scolarité de ses enfants sans aucune aide… et qu’elle travaillait de la même manière!

En entreprise cette femme est un rêve car elle se dépasse constamment… Elle est intelligente, jolie, vive et peut assumer toutes les fonctions, prendre toutes les casquettes dans la plus grande discrétion. Son mental de gagnante la fait se déployer, son obsession de la perfection la harcèle et elle n’identifie en rien que c’est une situation anormale.

En réalité elle se juge incompétente, son estime d’elle-même est en miettes. Elle est incapable d’identifier ce qui lui fait plaisir.

Son burn-out pourrait être qualifié de cadeau… à condition de prendre le temps. Car elle peut enfin prendre la dimension de ce qu’elle a construit comme croyances jour après jour sans jamais faillir : Etre parfaite!

C’est sûr que au quotidien nous avons une tendance réelle à choisir les informations qui vont confirmer nos croyances. Les magazines nous boostent pour être des femmes parfaites, des hommes parfaits et des enfants géniaux. Toute campagne de marketing a un ferment d’excellence ou de perfection à atteindre et nous baignons constamment dans cette ambiance.

Le problème des couveuses d’entreprise est de récupérer bien souvent des personnes ayant le même profil… et de les soutenir dans cette croyance que le nouveau projet sera parfait! Profil augmenté d’une sorte de besoin de revanche sur ce qui a été vécu comme un échec. Donc on arrive à un “soyez parfait, … rapidement!”

Car quand elle me parle de son sens de l’organisation elle me dit :

 “Je suis fière de ça, je veux que tout le monde soit heureux autour de moi, que tout soit parfait. Je bouge tout le temps, ma tête est en ébullition car mes journées sont trop courtes. Cependant quand j’ai fait mon burn-out, j’aurais souhaité que mon mari s’implique à la maison. Il m’a reproché qu’étant en congé maladie j’avais tout le temps que je voulais pour m’organiser dans la maison. Alors maintenant que je vais mieux, que je suis en réorientation de carrière, je veux prouver que je suis capable. Je suis vigilante parce que si je me pose un moment il pourrait me le reprocher”…

Il pourrait ou il le dit?
    “Il ne dit rien, mais je suis sûre qu’il le pense… 

A qui voulez-vous prouver que vous êtes capable?
    “A mon mari, mes enfants…

Ils vous le demandent?
    “Non…

Isadora identifie que de rencontrer les chevaux est un premier pas vers une vision d’elle-même plus juste. Elle est vaguement consciente qu’elle passe les bornes cependant qu’elle n’identifie pas encore tout à fait où elles sont. Les siennes comme celles des autres.

 “Ca fait des années que je fonctionne comme ça…

Savoir ce qui lui fait plaisir est très compliqué car elle a pris l’habitude de faire passer le bonheur des autres avant le sien. Son propre projet est déjà un challenge pour prouver qu’elle peut faire… ce qui apporte plus d’anxiété que de plaisir.

Elle est dès lors dans l’anticipation constante de la satisfaction de son entourage. En anticipant elle se juge et juge son entourage. Son jugement l’enferme dans une vision étouffante et il est fort à parier que son nouveau projet ait peu d’avenir si elle reste dans cette voie-là.

Nous ne pouvons voir chez les autres que ce que nous avons appris à voir, et en général à voir chez nous-même! Cela provoque un enfermement douloureux auquel l’entreprise est aveugle car un collaborateur compétent, rapide, efficace… en un mot un collaborateur parfait est un must.

Avec beaucoup de bienveillance un de mes chevaux lui apprend à écouter son corps, à écouter sa peur, à décrypter toutes les sensations désagréables qu’elle a muselé pour être parfaite. En faisant cela, en acceptant de passer par les ressentis, elle commence à comprendre comment elle peut prendre soin d’elle-même pour réussir son nouveau projet professionnel.

C’est ce que l’équicoaching peut apporter à ces candidats compulsifs au burn-out : l’écoute de soi.

Dès lors que l’on se vit plus en temps que “fonction à remplir” qu’en temps “qu’être à vivre”, le ressenti est cadenassé et pourtant c’est ce ressenti qui identifie cette limite qui nous retient de sombrer dans la maladie. Son accident a été le révélateur de cette obligation de prendre du temps pour elle-même, poser ses limites et prendre sa juste place.