Le confinement nous met brusquement face à une nouvelle façon d’être qui provoque beaucoup d’anxiété : l’isolement, la solitude, l’obligation de distance. Le confinement nous a renvoyé à nos tanières.

 

Pourquoi l’isolement est difficile à vivre dans une notion de danger ?

 

Chez nous comme chez les chevaux, le danger nous fait nous rapprocher instinctivement les uns des autres, pour nous sentir plus en sécurité.

Or ici la menace de mort que représente la maladie qui devrait nous pousser vers cette tendance au rapprochement est précisément interdite. Nous sommes dans quelque chose de totalement contre instinctif.

Cette notion de risque nous fait nous sentir tous bizarre les uns par rapport aux autres.

Une amie m’écrivait « j’ai fait une sorte de grosse grippe, je me suis terrée chez moi, terrorisée d’être vue comme une pestiférée ».

Au moment même où le plus grand soutien et une plus grande proximité lui aurait fait tant de bien.

 

L’impact du confinement sur notre quotidien

Le réaménagement obligé de nos distances personnelles impacte nos comportements et nos humeurs au quotidien.

Nous sommes brusquement projetés dans la nécessité de redécouvrir que nous avons un espace invisible variable autour de nous. Cet espace qui change en fonction de notre culture, de nos liens affectifs et de nos états émotionnels et qui s’appelle la proxémie.

Mis en avant dans le livre « la Dimension cachée » par l’anthropologue Edward T. Hall en 1966, cette compréhension de nos différents espaces est parfois une totale découverte.

Je propose une activité autour de cette perception dans mes journées de cohésion d’équipesJ’ai ainsi vu des femmes et des hommes sauter au cou de mes chevaux et les embrasser dans l’encolure sans identifier une seule seconde la légère crispation corporelle de l’un ou de l’autre pour tenter d’échapper à ce débordement affectif étouffant.

Savoir prendre les bonnes distances 

Les chevaux sont instinctivement habitués à garder une distance personnelle importante avec leurs proches tout en restant en troupeau. La promiscuité leur est difficile à vivre au quotidien… sauf en cas de danger. Ils peuvent alors s’agglutiner les uns aux autres.

Ce confinement permet à tout un chacun d’expérimenter que malgré de très bonnes intentions nous pouvons parfois être totalement envahissants.

Certains d’entre nous constatent de plus en plus la difficulté de vivre agglutinés dans un espace où tout est confondu.

Des « je vais massacrer un de mes enfants » ou « j’en peux plus de ma femme (ou de mon mari) » ou « mes copines me manquent » sont monnaie courante dans les communications virtuelles de tout bord.

Ou, a contrario, les personnes seules découvrent l’étrangeté de ne plus avoir de contact du tout : « je n’aurais jamais imaginé que de ne pas toucher un autre être humain me manquerait ».

Certains ont donc trop de contact physique, et d’autres souffrent du manque de contact physique. D’un côté l’agression, de l’autre c’est plutôt un côté déprime.

Expérimenter des distances différentes permet d’identifier ce que nous tentons de satisfaire dans le besoin de contact.

Comment utilisons-nous l’espace ? A quelle distance nous tenons-nous les uns des autres ?

Se voir même de loin, se sentir ou s’entendre sur de grandes distances comme c’est le cas des éléphants est viable. Par contre et à moins qu’il n’ait appris à se résigner et à se couper de ses émotions, un cheval qui perd le contact visuel avec ses congénères bascule brusquement vers de très hauts niveaux de stress.

Au-delà du contact physique il apparaît aussi que chez nous le contact visuel soit vécu comme un manque viscéral et devient tout autant anxiogène.

Comment expliquer cette apparition soudaine de tout un chacun à sa fenêtre, à son balcon, sur son trottoir et d’organiser des concerts, des apéros ou des barbecues virtuels pour rester en contact ? Comme s’il y avait une anxiété de perdre le lien avec la famille, les amis, la communauté par peur du manque de contact … visuel cette fois.

Au-delà de tout ce qui précède, qu’est-ce qui rend cette notion de distance inédite ? La confusion entre la distance et la froideur comme l’a vécu mon amie citée plus haut.

 

La froideur isole.

C’est une volonté réelle de maintenir l’autre à distance.

Il peut y avoir tout un éventail d’émotions derrière cette volonté de distanciation. Il y a une notion de discordance émotionnelle, comme des instruments mal accordés qui ne pourraient pas tenir une partition.

A nouveau les chevaux peuvent montrer une volonté de distance. J’en veux pour preuve un de mes chevaux que j’ai acquis après qu’il ait changé trois fois de propriétaire en trois ans. Il avait renoncé à investir dans les relations humaines. Il était froid et distant par protection.

Je me suis promise de le faire changer d’avis et c’est effectivement par la distance que j’y suis arrivée… même si sa bouille à bisous était irrésistible ! La discordance émotionnelle était bien là. Et lui voler ce qu’il ne pouvait plus donner aurait peut être amené à une forme de relation. Une relation sans totale confiance parce que je n’aurais pas tenu compte de son besoin d’espace.

 

Quelle est la différence entre froideur et distance ?

La distance est un espace qui permet la connexion du cœur.

La froideur est une cacophonie émotionnelle qui interdit tout rapprochement.

 

Et nous sommes tous logés à la même enseigne d’êtres vivants dans la Nature, partageant des espaces, ayant des besoins à satisfaire et vivant des émotions.

Si le confinement nous met face à une nouvelle façon d’être, peut-être est-ce l’occasion rêvée de se concentrer sur toutes les manières possible de remettre du cœur consciemment dans le respect de la notion de distance, de réintroduire de la subtilité dans nos relations pour retrouver une musicalité émotionnelle.