Avec le cheval comme en amour, il arrive que les grandes décisions ne se prennent pas, elles se forment d’elles-mêmes

Henri Bosco

La citation de Henri Bosco m’est tombé comme une évidence sous les yeux! J’étais dans une période de questionnement et les choses se sont éclaircies peu à peu. 

C’est en me remémorant la vie de Liberty que je me suis complètement décidée.

Je vais donc vous raconter l’histoire de cette petite jument arrivée chez moi suite à la démission de sa jeune propriétaire qui ne s’en occupait plus. Perdue dans la détresse de parents qui venaient de se séparer, la fillette n’arrivait plus à prendre soin de son cheval. 

Un si mauvais départ…

Le début de la vie des chevaux est souvent traumatisant. La jument était baladée d’un box à l’autre. Et ce n’est pas tout! Des petites jeunes filles s’arrachaient le droit de grimper sur son dos n’importe comment. Aucun adulte n’était présent pour faire régner un peu de respect et de bienveillance, les gamines se disputaient pour savoir qui allait la monter. 
Liberty était maltraitée. Avec le cheval, comme en amour, il arrive que les grandes décisions ne se prennent pas, elles se forment d’elles-mêmes.

Je l’ai accueillie chez moi. Et j’ai découvert que cette petite jument avait peur de tout. Des gestes brusques, des humains, des cris, et des chevaux. Elle était très délicate et ne supportait pas d’être touchée ou caressée. Liberty subissait la vie.

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Elle ne savait pas qu’elle pouvait manger de l’herbe

Et quand je l’ai mise en prairie il lui a fallu du temps avant de manger de l’herbe. Elle ne savait pas. Nous y pensons rarement sous cet angle, les chevaux ont des entrées dans la vie assez chaotiques. En fait, c’est plus particulièrement le cas pour les chevaux qui sont nés et élevés en box puis abandonnés dans des paddocks en sable, en boue, ou en terre battue en guise de récréation.

Une intégration difficile

L’intégration de la petite jument avec mon troupeau s’est fait un cheval à la fois. 

Liberty a terrorisé ma plus jeune jument, s’est éloigné de tous les autres et s’est annexé une jument plutôt douce, qui ne m’appartenait pas. 

Cette jument était son double, et jusqu’à ce que sa propriétaire décide de l’enlever de mon troupeau elles étaient inséparables. 

Liberty a failli mourir d’une colique le jour où sa copine est partie et elle en est restée dépressive plusieurs mois.

Ce n’est pas tout. En la faisant déferrer, j’allais découvrir qu’elle avait aussi été mal soignée ou pas soignée du tout! Ses pieds étaient dans un état épouvantable. Elle avait une de ces rares maladies des pieds du siècle passé, dû à un manque d’attention et de soins : une pododermite végétative. Je l’ai emmené en clinique où elle s’est retrouvé les postérieurs dans le plâtre pendant près de trois semaines. Tous les jours j’allais la voir. Elle avait droit à une courte sortie et me suivait avec amour comme un petit caniche dans les couloirs de l’hôpital qui menaient au parking. La longe sur le dos elle restait proche de moi à grappiller quelques brins d’herbe entre les voitures. J’en avais le cœur tout chaviré.

Je lui ai fait une promesse 

Avec le cheval comme en amour, il arrive que les grandes décisions ne se prennent pas, elles se forment d’elles-mêmes… quand enfin elle a pu rentrer chez moi, je lui ai promis que jamais je ne la mettrais dans des situations qu’elle ne pourrait gérer. Et que je serais toujours là pour elle. C’est une promesse qui n’a pas toujours été facile à tenir. Elle a mis 4 ans à se reconstruire ! 

Je l’ai mis dans des teambuildings où elle a été une enseignante parfaite. Elle a accompagné beaucoup de personnes en dérive avec une générosité inouïe – parfois au détriment de sa propre santé. Et j’ai dû intervenir dans certaines situations pour la protéger. Et parfois je n’ai pas vu qu’il fallait la protéger.

Elle a enseigné le respect de soi, un leadership d’une grande finesse autant à des hommes en burn-out qu’elle a connecté – comme jamais un humain ne pourra le faire – à leur vulnérabilité. Elle a reconnecté des femmes à l’estime de soi. 

Montée il fallait lui parler poliment sinon elle n’hésitait pas à flanquer son cavalier par terre et à rentrer toute seule aux écuries, les sourcils foncés. Elle détestait le show-off et les envolées d’égo et le faisait bien savoir

Elle a encore mis 3 ans à accepter qu’un autre cheval l’approche. Et après avoir passé un an à ses côtés il a pu la toucher. Et elle, timidement, elle s’est autorisée à lui demander de la toucher, de la gratter.

Un accident, un cadeau et une prise de décision

Jusqu’à il y a deux ans. Elle a fait un premier AVC, et s’est rompu une vertèbre en tombant. Après trois mois de rémission elle a refait un AVC. Avec une énergie incroyable, elle a démontré une volonté de continuer à faire partie de l’histoire qui m’a touché profondément.

Avec le cheval comme en amour, il arrive que les grandes décisions ne se prennent pas, elles se forment d’elles-mêmes. Je n’ai eu de cesse que de trouver comment l’aider avec une nourriture adaptée. J’ai évité de la mettre sur des sols instables. En cherchant des produits pour la soulager. En la mettant avec le cheval le plus adéquat en fonction des forces qu’elle avait ce jour-là pour éviter les bousculades. Plusieurs fois j’ai appelé le vétérinaire et plusieurs fois elle nous a offert des trots en déplacement latérale ou des galops maladroits pour nous montrer que ce n’était pas le jour de partir.

Elle était joyeuse et m’accueillait le matin d’un hennissement sonore et se collait tellement derrière la porte des écuries que j’avais parfois du mal à entrer. Certains soirs je lui chantais une chanson douce assise à ses pieds. Je sentais son souffle chaud et régulier dans mon cou, si je levais la tête je pouvais voir ses yeux mi-clos dans une totale détente.

Elle a donné énormément d’amour à ceux qui l’ont approché.

Jusqu’au mercredi 9 décembre. Sa jambe droite l’a lâchée et j’ai pris la décision de l’endormir parmi les siens.

Une page se tourne

Une page se tourne, pour elle, pour son troupeau et pour moi.

Avec le cheval, comme en amour, il arrive que certaines décisions ne se prennent pas, elles se forment d’elles-mêmes. Ces deux années m’ont appris énormément sur l’importance du lien. Son départ me pousse à faire ce choix d’accompagner le propriétaire de cheval à vivre la pureté véritable contenue dans chaque relation. Peu importe le projet qu’il peut y avoir derrière, le cheval mérite une véritable écoute.

Moi-même après des années d’équitation éthologique, je pensais qu’avoir un cheval et la volonté d’aider les autres représentaient des conditions suffisantes pour vouloir devenir équicoach. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Comme d’avoir un plumier ne fait pas le bon élève, avoir un cheval ne fait pas l’équicoach.


La formation Cheval en Lien

Une de mes stagiaires cavalière vivant en Suisse, Isabelle Capela, coach et en formation expert pour un projet d’entreprises me disait avec beaucoup d’émotion : 


“Avec Cheval en Lien, j’apprends plus que ce que j’ai appris dans toute ma formation de coaching”

C’est bien la preuve, s’il en fallait une, qu’être cavalière et coach ne sont pas des conditions suffisantes pour devenir équicoach.

Le lien pur au cheval au travers des émotions du cheval et des nôtres est devenu le socle de mes formations avant quoique ce soit d’autre comme projet qui vient derrière. Et que ce projet soit de l’ordre du loisir ou du professionnel. C’est ce lien délicat qui va secrètement donner de la puissance à toute la relation

Je continuerai d’enseigner l’équicoaching mais les participants commenceront par la relation au cheval désormais. On apprend de ses erreurs, et j’ai appris que le cheval n’est pas un faire valoir du coach ou du cavalier. Il est la garantie d’une relation pure et authentique.

Quant aux cavaliers, tous horizons confondus, ils comprendront enfin comment sortir de la contradiction. Tant il est difficile de souhaiter une relation faite d’amour et de douceur tout en provoquant les émotions de peur, de colère, de tristesse ou de frustration. Ils/elles pourront enfin trouver cette unicité tant recherchée dans un respect total.