Quelle relation voulez-vous développer (découverte avec un cheval)

Sortir d’un périmètre quotidien fait partie de l’apprentissage de tout un chacun. Et les parallèles sont pléthores avec l’équicoaching. Donc oui, mes chevaux aussi apprennent à découvrir le monde et ce qui me fascine chez eux c’est cette capacité réelle à voir chaque journée totalement différente, nouvelle, excitante. Alors que nous sommes d’une manière générale plutôt dans une approche routinière de la vie.

Dès lors l’adaptabilité et la capacité de susciter le changement et de l’accepter constituent un atout pour tout un chacun. Tout évolue et si nous ne le décidons pas, la vie le décide pour nous.

C’est pourquoi il est important que mon équipe de chevaux, ces accompagnants subtils des humains chahutés que nous sommes, puissent s’affranchir de beaucoup de nouveautés.

Nous marchons toutes les deux à la découverte de la campagne environnante. Elle s’arrête brusquement et je suis son regard. Un troupeau de quatre ânes. En soi rien d’extraordinaire… nous continuons notre route après un temps d’observation.

Quelques centaines de mètres plus loin deux alpacas déboulent dans un galop désordonné, accompagné d’une énorme boule qui n’a ni début ni fin, comme une énorme pelote de laine : un mouton noir ! Nouvel arrêt beaucoup plus long que le précédent. Je lui laisse le temps de regarder, de sentir, je lui donne le nom des animaux qu’elle voit s’agiter devant elle. Elle, c’est ma jument, parmi tant d’autres un être vivant sur terre dans un contexte en constante évolution. Et ce qu’elle voit devant elle depuis une demie heure sont des manifestations de la vie dont elle ne connaissait pas la forme jusqu’à aujourd’hui.

Tout comme une entreprise peut faire face à des événements jamais envisagés jusque là.

Et l’environnement de ma jument est en constante évolution … et la comparaison vient facilement vous l’aurez compris : comme l’entreprise avec son contexte économique !

Cela doit être effrayant. D’ailleurs c’est effrayant !

En l’accompagnant aujourd’hui j’ai la chance de voir le monde à travers ses yeux velours. J’ai la chance de voir comment elle évalue tout ce qui se présente à elle. Si je suis honnête, le seul avantage que j’ai est de nommer les choses et d’éventuellement avoir déjà rencontré des ânes !

Des alpagas je n’en avais jamais vu qu’en vidéo ou en photo et les moutons noirs dans les BD de F’Murr ! En fait je n’ai aucun avantage sur elle si ce n’est d’être dans ce que je crois être MON monde qui est différent du sien.

Savoir prendre du recul, être capable d’empathie – c’est à dire se mettre à la place de l’autre – permet d’appréhender les individus et les stratégies. L’entreprise définirait que ce sont autant de qualité représentant le collaborateur idéal. Ma jument appréciera.

L’attente continue, elle tremble un peu sur ses jambes tendues, prête à fuir, son regard cherche autour d’elle quelque chose qui pourrait la rassurer ou un moyen d’échapper à la situation. Je lui montre au loin un cheval, un vrai cheval. Manque de chance il est tellement immobile qu’elle le zappe… ou peut-être que la succession de nouveautés la met tellement en pression qu’elle ne le voit même pas. Elle est en état de crise.

Les états de crise nous teste, ou bien nous nous effondrons, ou bien nous grandissons vite.

C’est une question de secondes et de façon dont je vais négocier avec elle pour que nous grandissions ensemble. C’est de l’intelligence émotionnelle. C’est mon évaluation de ce qui va la mettre en confiance ou la faire fuir. Cette somme d’attitudes qui font qu’elle peut avoir envie de me suivre jusqu’au bout du monde … ou pas !

Combien de fois cela ne nous est-il pas arrivé ces moments de crise ?

La famille, l’école, l’université nous enseignent des matières, des théories, des applications et finalement tout un chacun – parents, éducateurs, enseignants compris – se dédouanent sur notre entrée dans le monde du travail pour que l’intelligence émotionnelle nous tombe dessus comme une illumination foudroyante !

L’intelligence émotionnelle est considérée comme un aspect mineur d’une vie réussie alors qu’elle en est la pierre angulaire.

Aujourd’hui le manque de compréhension de ce qu’est une compétence relationnelle est du au fait que nous n’utilisons nos rapports aux autres que comme moyen de nous réaliser alors que nos relations ne peuvent « qu’être ».

L’autre ne nous intéresse que dans la mesure où il nous procure du plaisir, un refuge ou une satisfaction. Mais dès qu’un trouble s’installe, nous les écartons. Or pour développer une relation il faut de l’écoute, de l’empathie et du temps … et cela fait partie de notre humanité!

Et prendre le temps, ce n’est plus un luxe, c’est une nécessité vitale, il y a urgence à décider de prendre le temps !

Je la laisse constater par elle-même de secondes en longues minutes que ces animaux étranges sont eux aussi surpris, et que les mouvements bizarres plus loin sont des personnes courbées en deux occupées à faire les premiers jardinages de printemps et que les coups de fusil que l’on entend au loin ne nous sont pas destinés – c’est une activité de tir au clays bien isolée plus loin dans un bois avoisinant.

Passé ces épreuves nous avons continué la route « bras dessus, bras dessous ». Notre relation évolue et toute son attitude montre qu’elle est détendue et je sais que vu comme ça le monde est bien plus passionnant qu’effrayant.