Assistant dernièrement à une formation sur le stress, j’ai entendu cette coach pour hauts dirigeants exposer sa difficulté à dormir.

Toutes les nuits elle se réveille vers 3h du matin et rumine. En exposant plus avant elle nous dit alors :

« Il y a le travail et le sommeil. Le sommeil s’est fait pour réparer la machine… »

La société dans laquelle nous vivons traite le corps comme une quantité négligeable… même après avoir pris la peine de se pencher sur des lectures sur l’intelligence émotionnelle qui, comme tout le monde le sait, le lit, passe par le corps.

Cette information est loin d’être prise au sérieux.

A l’autre bout du corps, comme cette coach de haut niveau en a témoigné, il y a l’aspect professionnel qui dans son cas personnel revient à écouter et aider l’autre. Cet autre n’étant pas n’importe qui puisqu’elle évolue dans la sphère dirigeante. Elle est coach et se doit donc d’être « parfaite » pour accompagner des managers, des dirigeants… et donc pour être parfaite il faut bien dormir!

Le corps est le seul endroit où va aller s’exprimer des émotions. Agréables ou désagréables, elles se manifestent en tremblements, battements, crispations, sueurs froides (ou chaudes), sursauts, rougissements, pâleurs, etc… Ces manifestations sont souvent traitées par le mépris alors qu’elles ont tant à dire.

Il y a une dichotomie entre l’aspect corporel qui est le siège des manifestations émotionnelles et l’aspect intellectuel (mental) que notre société porte aux nues en faisant tout pour ignorer ces turbulences. Comme si, effectivement, notre corps était juste une voiture. Un truc en métal, aseptisé fait pour nous trimballer d’un point à un autre – et de la vie à la mort, en plus ou moins bon état en fonction de notre consommation ou des talents de notre garagiste!

Etre parfaite… comme un truc en métal aseptisé et sans émotions!

Et pourtant… il y a une réelle interdépendance entre les émotions et le mental. Chaque émotion est créatrice de substances chimiques (les peptides) qui se déversent dans le corps et font que notre vie a une certaine saveur, une certaine couleur, une certaine cohérence.

Par exemple si une voiture vous fonce dessus il est intéressant que vous puissiez coordonner les différents messages, activer votre rythme cardiaque, prendre vos jambes à votre cou et vous mettre à l’abri pour éviter l’accident.

Autre exemple quand vous êtes assis face à un magnifique coucher de soleil, l’émotion de sérénité qui va vous envahir va produire des hormones que l’on pourrait qualifier « du bonheur ». Cet exemple sera plus agréable à vivre que la version de l’accident où nous ferons tout pour étouffer ce que nous vivons comme inconfortable et/ou inconvenant.

Le Dr Candace Pert, qui est une chercheuse mondialement connue, auteure de plus de 250 ouvrages scientifiques des plus sérieux montrent que la séparation corps et esprit est loin d’aller de soi.

« C’est un système fait de réponses rétroactives qui marchent dans les deux sens, dit-elle. Les émotions transforment littéralement l’esprit en matière, et à chaque fois qu’il y a production de peptide cela crée de la psyché. Le corps et l’esprit sont intrinsèquement liés, dans un sens ils ne font qu’un »

« Une des fonctions des émotions est de nous permettre de décider ce à quoi nous devons prêter notre attention » dit encore le Dr Pert.

De son côté France Haour, ancienne directrice de recherche pour l’INSERM appuie:

« On sait très bien aujourd’hui que la psychologie influence tout le reste et que tout le reste influence la psychologie. Plus personne n’oserait prétendre que l’on peut mettre la psyché dans un bocal et le corps dans un autre. Ce serait une aberration totale »*

Et pourtant… dans le milieu de l’entreprise on continue à perpétrer cette aberration encore et encore. Tout en lisant que les émotions sont nos plus précieuses alliées car elles nous permettent de savoir ce qui est bon pour nous!

C’est ainsi que je vois alors une HR Manager monter dans les tours face à mon cheval qui ne veut pas bouger alors qu’elle souhaiterait le faire marcher à ses côtés. Agacée, elle est dans l’incapacité d’être claire dans ce qu’elle demande. Son visage s’est décomposé en quelques secondes. Elle est proche de la colère… « Je ne peux pas devant mes collègues » dit-elle (traduisez je ne peux pas montrer mon agacement, je ne peux pas montrer que je suis en colère). Je lui demande son émotion, elle est incapable de répondre car elle se débat intérieurement sur ce qui est politiquement correct. La tension monte et elle quitte la piste, en larmes.

Réhabiliter les émotions est l’essence même de l’équi-coaching. Devant un cheval les émotions affleurent sans barrière alors que devant un coach humain nous pouvons perpétrer cette discipline d’étouffement que nous pratiquons quotidiennement. Vivre une émotion et partir en vrille sont deux choses différentes. C’est sans doute une des raisons pour laquelle l’entreprise écarte soigneusement tout aspect émotionnel de son horizon aseptisé.

Les chevaux nous apprennent à réunifier les émotions en les vivant au coeur de notre corps. Redécouvrir, parfois découvrir le confort de s’exprimer sans auto-censure permet de reprendre les rênes de notre communication et de notre vie.

L’expérience vécue de se vivre mentalement ET émotionnellement est bouleversante et permet à l’authenticité de l’être de se déployer… sans pour autant partir en vrille!

J’aurais bien proposé à cette coach de haut niveau mentionnée en début d’article de venir voir mes chevaux… tout ce qu’il y avait de merveilleux en elle aurait pu s’exprimer rapidement et se déployer au grand jour. Assise sur sa chaise elle s’efforçait d’être parfaite, lisse, sans un cheveu qui dépasse, sans une poussière sur l’apprêt de sa jolie robe stricte… et heureusement son corps continuait de s’exprimer : sous le fard il y avait de belles émotions et un véritable sourire.

* Cité par Miriam Gablier dans son article intitulé « Les molécules des émotions » publié dans l’Inrees, 21-10.13