L'empathie contre les désastres de l'urgence - Chevalliance

L’empathie contre les désastres de l’urgence. Nous avons curieusement surmultiplié nos moyens de communication dont on aurait pu croire que le résultat soit la fluidité et – peut-être – un monde meilleur. Un monde meilleur et empathique. Or plutôt qu’une écologie d’expressions nous en arrivons à une pollution stressante de messages dont il est compliqué de démêler l’important du désuet, le vibrant du banal.

Nous sommes régulièrement dans des impasses parce que nous voulons aller plus vite, trop vite. Par mail ou par téléphone nous échangeons via des machines… (Vous connaissez : « tapez 1 pour … » « taper 2 pour… » ?…)

Qu’est-ce qui motive la rapidité ?

Rien… Enfin « presque » rien. Quand je dis « presque » c’est cet infini subtil d’une émotion qui nous traverse. Nos émotions – conscientes ou non – sont des signaux d’actions correspondant à un stress. Il peut avoir plusieurs origines, toutes très individuelles, comme par exemple le fait de :

  • Réussir
  • Perdre sa place
  • Envier une place
  • Ne pas échouer
  • Vouloir sauver
  • Diriger
  • Séduire
  • Passer à autre chose
  • Prendre du plaisir
  • Echapper à l’inconfort
  • Eviter de ressentir quelque chose de désagréable

Et derrière ces motivations s’agitent des émotions qui sont de l’ordre de la peur, de la colère, de l’euphorie, de la frustration, de la culpabilité… entre autres ! L’entreprise a fait de la rapidité un mode de fonctionnement contre lequel nous butons régulièrement entre autre parce que la communication par écran remplace le contact visuel.

Les notions d’inconfort et d’évitement sont très souvent présents parce que notre éducation et une certaine culture nous poussent au mieux à la maîtrise de nos émotions, au pire à leur anesthésie. Ce qui est une tâche aussi stérile que d’empêcher le courant d’allumer une lampe. Alors on dévie le courant. Autrement dit je ne veux pas ressentir quelque chose de désagréable donc je vais vite passer à autre chose.

Notre cerveau a cette faculté magnifique de la lecture émotionnelle directe. C’est-à-dire qu’il est, entre autres, doté de neurones appelé « neurones miroirs » dont se dégage deux rôles : l’un se charge de décoder l’intentionnalité donnée aux actions d’autrui et l’autre est responsable du décryptage émotionnel. Notre cerveau réalise donc la performance live d’essayer de comprendre l’autre par résonnance interne avec tous les aléas que cela comporte… (en effet quelle est la probabilité que notre monde mental soit aussi celui de l’autre ?).

Il n’a pas été câblé pour le décodage des « émotions » d’une machine. Les textos et l’urgence sont la négation même du fonctionnent des neurones miroirs et d’une communication, verbale ou non verbale, mais totale et entière avec un individu. Nous pouvons bien sûr avoir des émotions de notre lecture interne, cependant l’absence de celui qui écrit peut entraîner bien des mésaventures. Les écrans sont des liens dépersonnalisés qui informent sans contact réel et ce manque de contact social provoque une altération de la capacité de rentrer en lien. Si la technologie fait des avancées fulgurantes en matière de transmission d’informations, notre manière de construire des liens entre individus reste inchangée et ancrée dans nos gènes depuis la nuit des temps.

Nous vivons une colonisation du temps humain par l’économique qui est un temps dans lequel il n’y a rien. C’est un temps vide qui n’a pas d’histoires, qui n’a pas de mémoire et qui est seulement occupée par la circulation la plus rapide d’informations ou de capitaux. L’information a remplacé la connaissance. Tout doit circuler vite témoigne Geneviève Adam, professeur d’économie.

La situation est critique nous dit Boris Cyrulnik qui souligne et met en garde contre ce manque de relations humaines et d’interactions sociales dans la petite enfance mais aussi dans notre vie personnelle et professionnelle quotidienne. La communication est remplacée par des posts et autres tweets qui nous désengagent de cette lecture directe de l’autre et affecte notre degré d’empathie.

L’empathie et le cheval, quel point commun avec nous?

Le cheval ne reçoit jamais d’emails ! … Par contre il lit fort bien le langage non-verbal et c’est une vraie compétence chez lui.

En effet le système empathique et les neurones miroirs existe aussi chez les animaux : primates, mammifères supérieurs divers, certains oiseaux et rongeurs est à ce jour reconnu… La seule présence du cheval ranime des circuits relationnels de moins en moins sollicités.

Il nous aide à mieux comprendre, écouter et agir sur ce qui nous anime. Il comprend la cohérence, la consistance, l’intention et la notion de désir de l’autre. Il comprend bien les notions de stress et nos détresses de « civilisés ». Il reçoit le message et il y répond avec la plus grande subtilité …

Libre de répondre ?

Le cheval est plus particulièrement efficace quand il est libre de répondre. En effet s’il est contraint avec force corde et licol il exécutera un ordre… un moyen très sûre d’obtenir une réponse certes, mais qui n’apprend pas grand-chose à une société qui vit dans le contrôle!

Avec un cheval libre on retrouve réellement des réactions viscérales affectives. J’en veux pour preuve ces hommes et ces femmes du monde de l’entreprise qui brusquement embrassent, caressent ou s’agenouillent devant les chevaux.

Le cheval nous permet de nous reconnecter à ce savoir ancestral de ce que nos émotions ne peuvent pas être feintes. Et en particulier le haut du visage car les muscles qui le composent ne sont pas maîtrisables.. La présence d’un cheval rassure puisqu’elle autorise tout d’une fois à être dans une vraie communication où l’énergie circule librement. Elle nous permet de comprendre à quel point notre façon de vivre et de travailler est devenue une vraie embrouille à l’empathie.

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