« Le burn-out j’en suis à deux doigts » me dit cette cliente qui pleure en face de moi depuis 10 minutes « je suis épuisée, je ne supporte plus la pression de l’environnement ».
– Oubliez les deux doigts : vous y êtes!
« Oui, sanglote-t-elle, je sais. Mon médecin me l’a dit, mais je ne veux pas.
– Qu’est-ce que vous ne voulez pas?
« Je ne veux pas m’arrêter… »
– De quoi avez-vous peur en vous arrêtant?
« Je ne sais pas … enfin si je sais … du vide.. »

L’hyper-investissement émotionnel une limite à surveiller

La rentrée est signe de bonnes résolutions et la Chambre a approuvé un projet de loi sur le burn out. Aujourd’hui en Europe 1 cas sur 2 d’absentéisme a pour origine le stress au travail.

Des études faites par l’Institut de Neurocognitivisme sur le mal être au travail mentionne qu’une des principales causes de ce mal être relève à 41 % de l’hyper-investissement émotionnel.

 L’éloge imbécile de la performance

Les émotions sont notre indicateur privilégié d’évolution pour notre appréhension du monde. Dans une société qui, dès la maternelle, met l’accent sur la performance il n’est pas étonnant qu’à l’âge adulte la source d’investissement principale pour obtenir satisfaction soit le travail, le travail et seulement le travail. Et pour y arriver il faudra sacrifier les émotions… ces émotions que nous n’écoutons pas et qui nous disent pourtant, et nous répètent souvent, que nous passons les bornes!

En vérifiant l’entourage des personnes qui viennent me voir, je constate une grande solitude. Non pas que l’entourage soit pauvre, mais parce qu’il faille, là aussi, être performant dans la relation.

« Je n’en peux plus, me dit cette autre IT manager en poste dans une multinationale américaine. Tout le monde s’intéresse à mon compagnon mais moi c’est comme si j’étais un meuble! Ma fille c’est pareil, au plus j’en fais au moins elle voit ce que je fais…

Même chose au travail, j’ai été manger avec une collègue, elle m’a fait un compliment sur ma carrière parce qu’elle a lu mon identité sur l’organigramme interne, sinon elle n’aurait rien dit. Personne ne reconnaît ce que je fais, et « on » me demande d’en faire toujours plus. Mon cerveau va tellement vite qu’il faut que je freine dans mon anticipation de solutions. J’en ai marre de cette situation, je suis épuisée.

Dans la rencontre au cheval cette personne ne verra pas le cheval qui vient vers elle… la jument ira jusqu’à la bousculer pour qu’elle réalise qu’un intérêt s’installe si pas chez elle, chez la jument!

« Je rentre de vacances et je me rends compte que mon cerveau s’est déjà mis en mode « boulot », me dit cette HR travaillant à un niveau qu’elle pensait impossible à atteindre. Je suis sur le qui-vive, je cherche la moindre trace de défaillance dans ce que je fais. C’est comme si mes vacances n’avaient servi à rien!… »

Nous irons voir les chevaux sous une pluie battante dans des tourbillons de vents furieux. L’expérience de les voir la croupe contre le vent et totalement zen en plein tapage naturel la fait éclater de rire. Pataugeant dans la boue, elle s’est approchée d’eux sans qu’ils ne manifestent le moindre mouvement. Etre comme eux…

Les croyances maltraitantes

Faire plaisir, être la/le meilleur(e), faire un effort, être fort(e) sont autant d’injonctions qui vont faire souffrir jusqu’à la maladie. Entre autre. Car comme le dit Pierre Firket, fondateur de la Clinique du stress à Liège, dans un article sur rtbf.be-info :

« … la causalité travail-souffrance psychologique n’est pas facile à faire. Mais je pense que plus les années passent, plus on se rend compte que les mutations organisationnelles ont été telles ces dernières années au niveau des entreprises que l’on voit vraiment émerger de nouvelles pathologies comme le burn-out et ça je pense que ça prendra peut-être encore des années mais c’est un signe très positif que de pouvoir en tout cas avoir ce genre de préoccupations et dans le fond de permettre à une entreprise de développer une qualité de bien-être au travail pour que tout le monde finalement y trouve un peu son compte. C’est l’évolution d’une loi qui date de 1996. Vous imaginez tout le temps qu’il a fallu pour enfin continuer à évoluer et à développer de nouveaux processus et entre autres de donner un cadre légal qui permet aux différents intervenants d’agir en conséquence ».

L’efficacité du ressenti

Quand le cheval redonne du sens…

Il était comme un souvenir d’enfance empoussiéré sur une étagère de leurs souvenirs. Ces personnes sont venues à moi par curiosité. L’efficacité du cheval dans leur accompagnement les a surpris.

« Je suis heureuse d’être venue ici, j’ai appris que je pouvais gérer les choses autrement. S’il n’y avait pas eu le cheval, je ne pense pas que j’aurais pu mettre en place tout ce qui m’a sauvé… »

Et sauver c’était pour l’une la réorientation professionnelle, pour l’autre changer de regard sur son job, pour un autre encore avoir osé chercher un autre emploi, ou revoir les options de leur couple… Toutes ces personnes étaient comme anesthésiées dans une situation qu’elles pensaient sans issue.

C’est bien cette anesthésie qui représente le danger car les émotions sont constamment muselées voir carrément brûlées. Elles évoluent dans un territoire sans limites complètement angoissant. La rencontre au cheval les replace au coeur de ce qui les agitent et permet de comprendre qu’elles se sont privées de l’indicateur le plus précieux : celui de l’émotion. Se faisant, elles ont découvert ou re-découvert plus encore: se permettre de ressentir ces émotions, de les comprendre et enfin de (re)vivre!