En coaching, la notion d’amour est parfois effleurée, et rarement franchement abordée dans le lien accompagnant-client. On va parler de posture, de transfert, de contre-transfert, de cadre, de conscient et d’inconscient ou de travail sur soi ou sur l’autre sans jamais parler d’amour.

Or l’amour est une thématique qui sous-tend tous les accompagnements et dont la personne en demande au travers de ses objectifs semble avoir manqué : être aimé pour qui elle est.

Ce manque peut influencer une vie entière et être à l’origine d’un véritable frein au développement de l’être. Et ne vous y méprenez pas cela touche énormément de monde et teinte l’essentiel des relations humaines. Particulièrement dans une société où la perfection pour être aimé semble être un standard fort recherché. Cette perfection souvent à l’origine des selfies et… des burn-out !

Se montrer le plus beau possible pour avoir le plus de like possible et avoir la sensation d’être (un peu) aimé. Et/ou se dépasser au-delà du raisonnable pour être reconnu, appréciée, en un mot être aimé… avec pour malheureuse conséquence une surconsommation médicamenteuse comme pansement aux dégâts relationnels. Dans une société qui cherche la solution de ses problèmes à l’extérieur, l’industrie chimique a plus de succès que l’apprentissage d’une relation d’amour digne de ce nom. C’est ce que confient certains médecins eux-mêmes épuisés dont les cabinets débordent de misère humaine.

J’ai récemment rencontré dans un workshop une photographe de renom qui a fait un burn-out il y a huit ans dans lequel elle a perdu l’audition d’une oreille et dont elle n’est pas tout à fait remise. Elle est encore vite fatiguée, inquiète souvent.

Curieuse de savoir ce qui m’avait amené à l’équicoaching je lui ai expliqué que c’est mon premier cheval qui m’a mis sur cette voie. Je sortais d’un divorce, il venait d’être viré des champs de courses pour manque de performance et nos cœurs écrabouillés se sont rencontrés. Et pourtant … ce ne fut pas facile de construire un lien de part et d’autre parce que je n’y connaissais rien aux chevaux. J’ai fait beaucoup d’erreurs. Pourtant s’il y a une chose qu’il m’a enseignée c’est que l’amour inconditionnel existe. En finissant ma phrase j’ai noté que le visage de la photographe s’est illuminé et nous sommes parties chacune de notre côté.

Quelque temps plus tard elle m’a fait parvenir ce petit mot disant « merci de m’avoir expliqué comment vous étiez arrivé à l’équicoaching. Cela m’a ému profondément et a porté la méditation de ma journée. J’ai pu comprendre vraiment cette phrase: « l’amour inconditionnel existe » et grâce à vous, j’y crois aujourd’hui ».

J’ai été moi aussi émue que cette femme se soit donné la peine de me le dire. La transmission de l’amour se place dans peu de choses pourtant essentielles.

Se réparer et à apprendre à aimer, à s’aimer sans peur

Sans que la demande soit spécifiquement de recevoir de l’amour de la part de son coach, le client est à même de grandir si le lien est véritablement proche d’une relation d’amour. Se réparer et apprendre à aimer, à s’aimer sans peur, demande un accueil, une écoute et une profonde compassion que beaucoup d’animaux semblent posséder naturellement.

Quand je doute de moi ou que je suis triste et qu’un de mes chevaux pose ses naseaux dans mon cou, le réconfort qu’il m’apporte va bien au-delà de tous les discours du monde. Certes le soutien d’une personne bienveillante est irremplaçable cependant le fait que les animaux vont spontanément et silencieusement dans le toucher offre un espace de guérison et de prise de conscience doux et précieux.

Je me souviens de cette femme chef d’entreprise qui venait avec cette demande précise de réapprendre à aimer et qui s’était cadenassée dans une tour de colère, de vengeance, d’auto-violence, d’un contrôle de soi digne d’un corset de métal et qui ne parvenait plus à retrouver la porte de sortie. A l’évocation de son mari elle s’est mise à pleurer sans sanglots, les bras croisés et les genoux serrés comme une statue de pierre. Seules les larmes coulaient le long de ses joues et de ses mâchoires serrées. Mon chien qui assiste souvent la partie one-to-one dans mon bureau a délicatement posé ses pattes sur ses genoux et mis sa tête contre son cœur. L’obligeant par là à déjà ouvrir les bras pour accueillir ce réconfort silencieux dont elle avait tant besoin.

La différence entre un cheval et un coach

La plupart des complications rencontrées dont je suis témoin relèvent de difficulté remontant à la petite enfance et qui ont entravés le développement relationnel normal vers la vie adulte. C’est clairement mis en évidence par les chevaux dès les premières rencontres.

La différence entre un cheval et un accompagnant humain est qu’il n’est pas empêtré dans les filets de son ego, de son mental et de sa petite enfance. L’élan du cœur vient spontanément et sans jugement. C’est cela qui m’a profondément attiré chez eux. Nous ne devons correspondre à aucun standard pour qu’ils posent sur nous un regard bienveillant.

Nous sommes des êtres fragilisés par le langage à qui manque essentiellement la connexion à ce que nous ressentons dans l’instant. C’est notre responsabilité en tant que coach de faire un constant travail sur soi au travers d’une thérapie et de supervisions pour pouvoir développer cette capacité d’être à l’écoute de ce qui est dit et ressenti à l’instant T.

Nous sommes tous égaux face à la notion d’amour : nous en avons besoin!

Le client ne parle jamais d’amour, il vient en coaching pour se faire accompagner pour un mal-être, un changement qu’il n’arrive pas à amorcer, une limite qu’il se sent incapable de poser, une demande qu’il n’arrive pas à formuler, ou toute autre difficulté que le cheval met à ciel ouvert en quelques secondes.

Ce tsunami ébouriffant je l’ai vécu aussi. Cette expérience d’être mis à nu en deux coups de cuillères à pot et se sentir tout petit est renversante. Le cheval a su exactement ce dont j’avais besoin et est venu silencieuse enrouler son encolure autour de moi. Etre enveloppée, aimée vraiment dans l’évocation d’un souvenir que mon inconscient décapsulait brutalement et être comprise sans qu’il n’y ait aucune nécessité de devoir parler de cette intensité a été ma propre découverte de la puissance du cheval en tant qu’accompagnant … et cela reste un chemin dont je suis témoin dans mes accompagnements.

L’attitude bienveillante et généreuse des chevaux ET de l’équicoach qui était présente m’ont offert la sécurité nécessaire à oser découvrir mes prises de conscience inconfortables. C’est à cette condition que le coaching peut être répérateur et efficace.

Nous sommes tous égaux face à la notion d’amour : nous en avons besoin ! … et quel que soit l’objectif de l’accompagnement qu’il soit d’entreprises ou de particulier si nous évitons cette notion presque « taboue » les chevaux iront de toutes façons s’adresser – que cela soit résolu ou non – à cette impalpable essence dont nous avons besoin pour vivre.